Dans le Quart Livre de Rabelais, j'ai toujours aimé cet épisode fantastique et magnifique des "paroles gelées" : lorsque Pantagruel et ses compagnons parviennent aux confins du monde, une véritable pluie de grêlons contenant des paroles, de voix et des sons s'abat sur leur navire; si Panurge et les autres, qui d'abord n'entendent rien, sont ensuite saisis de panique et n'y saisissent que tumultes et cris de guerre, Pantagruel au contraire leur fait comprendre que c'est en les réchauffant de leurs souffles et en les tenant bien au creux de leurs mains, bref que c'est avec un peu de chaleur humaine qu'ils pourront enfin en saisir le véritable sens! Et peut-être même, pour les plus attentionnés d'entre nous, entendre, entre toutes ces paroles désormais dégelées, la voix d'Orphée!
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In Rabelais' Quart Livre, I have always loved this fantastic and magnificent episode of the "frozen words": when Pantagruel and his companions reach the ends of the world, a veritable rain of hailstones containing words, voices and sounds falls on their ship; if Panurge and the others, who at first hear nothing, are then seized with panic and only catch tumults and war-cries, Pantagruel, on the contrary, makes them understand that it is by warming them with their breaths and holding them firmly in the hollow of their hands, in short, that it is with a little human warmth that they will finally be able to grasp the true meaning! And perhaps, for the most attentive among us, even hear, between all these now thawed words, the voice of Orpheus!